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Hallo

Depuis mon dernier post en Norvège, 
j'ai repris ma route en direction de Trondheim avec des paysages plus plats que ceux connus dans les montagnes des vallées intérieures. J'ai côtoyé une région essentiellement agricole avec des belles fermes traditionnelles avant d'arriver à la 4ème ville de la Norvège. Une ville qui bouge..des milliers d'étudiants qui squattent des hangars réaménagés en terrasses de café, un vieux quartier composé d'entrepôts sur pilotis bordant une charmante rivière, une belle cathédrale, etc..bref j'ai apprécié mon samedi apres midi ensoleillé pour cette étape citadine avant de camper dans la forêt attenante. Les quelques 10 km de la forêt m'ont donné d'ailleurs quelques suées et jurons pour y avoir cassé ma selle et trouver un bivouac peu sympathique..la vis tendant le cuir de ma selle s'est cassée et il a fallu attendre le lundi pour remédier à la solution simple d'un employé d'une quincaillerie (une vis et un boulon avec un coup de scie à métaux) que toutes les idées saugrenues qui me sont venues en tête : voler une selle d'un autre vélo, trouver un ferrailleur pour souder la vis, récupérer une vieille selle ou en acheter une neuve ..quand Francky a chaud aux fesses (mes 90 km du dimanche les ont fait rougir), le cerveau est en standby !
La selle réparée, en route pour la route no 17 que j'ai prise de Namsos à Bodo sur environ 650 km. De sublimes méandres le long de fjords de toute beauté enchaînant paysages bucoliques, prairies, lacs et forêts, falaises, ponts, tunnels et 6 ferries de 10 minutes à 1h de trajet. A bord de l'un d'entre eux, j'ai passé le cercle polaire arctique. De la route 17, j'ai pu apercevoir les langues de glace du Svartisen, le 2ème plus grand glacier de Norvège. Enfin la dernière section a été plus peuplée, où des monts escarpés surgissent de vallées verdoyantes et avant d'arriver sur Bodo, j'ai franchi le détroit où se produit le maelström (puissants tourbillons marins) de Salstraumen avec un superbe panorama sur la baie !
Au niveau rencontre, j'ai pu partager une partie du trajet avec deux belges (72 et 76 ans !) et un australien Nick qui m'a gentiment accueilli lors d'une soirée dans un petit chalet - une hytte (celle-ci est aux Norvégiens ce que la cabane est aux Canadiens). Avec mes trois compères, nous avons passé une nuit dans une pièce de moins de 10 m2 à cause d'un ferry qui n'a jamais pu accoster en raison de conditions météo affreuses. C'est sans compter la générosité de Paul, un cycliste norvégien en vélo électrique qui a pu solliciter des amis du village pour nous emmener en voiture de l'autre côté du fjord...j'ai aussi à nombreuses reprises rencontrer Fred, un autrichien qui voyage en camping-car et qui se qualifie de 'terroriste du tourisme'. Cela ne pollue en rien sa générosité qu'il eut à mon égard en m'offrant café, bière à maintes reprises sur la route ou au camping...bref cette route 17 a été une belle virée sportive, touristique et amicale même si la météo sur 3 jours a nécessité pour francky de manger un peu plus de pâtisseries (c'est bon pour mon moral), de pauses café (pas toujours bon pour mes intestins) pour m'adapter aux caprices d'Eole et de Zeus.
A Bodo, j'ai pu prendre le ferry avec mes 3 compagnons rencontrés quelques jours précédemment pour rejoindre les îles Lofoten et Vestaralen. Le beau temps était au rendez-vous. Quelle chance et par conséquent de beaux paysages dans ce monde à part et dans celui de l'univers de la morue ! La couleur des eaux, la beauté des fyords, le charme des cabanes de pêcheurs sur pilotis appelées rorbuer, etc.. ne m'ont vraiment pas déçu dans cet archipel d'îles plus ou moins grandes. Voulant profiter du beau temps pour m'imprégner au maximum de paysages ensoleillés, j'ai roulé 3 jours de suite avec une moyenne de 140 km avec en guise de repos du guerrier quelques ferries ..Le temps change vite sur les îles, beau temps le matin et pluie l'après midi ou vice-versa, ou encore simplement la traversée d'un tunnel qui permet de passer d'un bleu azur à un brouillard dense. Etonnant!
En quittant la route principale qui traverse les îles, j'ai pu faire de petites incursions :
- dans un port mignon (Nusfjord) enclavé entre de vertigineuses falaises avec de beaux rorbuers et des entrepôts jaunes occupés par des mouettes aux déjections incontrôlées. Si l'Unesco savait que Francky faisait du bivouac dans un village inscrit sur la liste des 'sites à conserver', je me ferai tirer les oreilles.
- un authentique village de pêcheurs (Henningsvaer) situé sur une presqu'île et plusieurs îlots reliés par des ponts avec une vue sur des centaines de poteaux de bois où sèche le poisson. La Venise des Lofoten comme apparemment elle est surnommée ici.
Après un bref passage à Svolvaer, principale ville des Lofoten, j'ai rejoint les îles Vesteralen en faisant au passage un petit clin d'oeil à la 'Cathédrale des Lofoten' de Kabelvag, autrefois plus grand port des îles et notamment de la morue. J'ai pu tester celle-ci séchée et salée, riche en protéines et servie comme snack.

Les îles Vesteralen sont moins spectaculaires que leurs voisines, bien qu'elles présentent une physionomie similaire. Je n'ai pas eu beau temps dans ces dernières, tout comme sur l'île de Senja. Dommage car de ce que j'ai pu voir sur des sections ensoleillées entre deux averses de la route de Grylefffyorf à Botnnhamn étaient magnifiques (fjords aux parois abruptes, marais verdoyants à perte de vue ou encore des plages de sable blanc..). Bref il faudrait idéalement plusieurs jours de flexibilité en Norvège si l'on veut l'explorer au mieux. Ma longue route pour rejoindre ensuite Tromso a été faite d'autres rencontres de cyclistes, deux allemands et un anglais Andrew avec qui je partagerai plus tard une cabane et quelques portions de route. Trempé jusqu'aux os à Tromso, je prendrai mon unique jour de repos norvégien dans cette ville qui n'est pas de toute beauté hormis pour ma part la cathédrale arctique, la bibliothèque et la rue piétonne bordée d'anciennes maisons en bois colorées. J'ai particulièrement aimé le musée polaire qui retrace l'histoire des expéditions de chasse dans le Grand Nord à partir de la fin du XVIIIe  s. Les recits des premières expéditions polaires comme celles de Barentsz (1596), Nansen et expéditions scientifiques d'Amundsen, vainqueur du pôle Sud (1911) m'ont subjuguées par leurs conditions extrêmes de realisation.  Francky est un petit joueur lorsqu'il grelotte sur toot's en plein milieu du plateau du Finnmark, où un climat dur et capricieux règne m'ont surpris. 

Après une soirée bien arrosée et accompagnée de quelques morceaux d'électro du groupe Royksopp et en compagnie d'Amélie (une lilloise en bicyclette), Dimitri (motard suisse) et Clément (cycliste d'Annecy), j'ai repris la route vers le Cap Nord. Clément m'y accompagnera jusqu'au bout. Ce jeune compagnon sympathique n'était pas de trop pour decouvrir et apprécier une région désertique dans laquelle nous nous sommes engouffrés, la plus septentrionale du pays et de mon voyage. C'est aussi le pays des Samis (habitants du Finnmark) qui vendent aujourd'hui quelques souvenirs au bord des routes...bizarrement, j'ai vu plus de troupeaux de rennes qui paisent dans des paysages balayés par des vents violents et des pluies soudaines que ces habitants du Finnmark ayant subi plus dramatiquement les conséquences de la guerre 39-45 et de la guerre froide. 
L' appel du pôle Nord se faisant pressant, je résumerai ma route par quelques belles anecdotes notamment celles relatives à nos lieux de bivouacs :
- celui où l'on se fera chasser par deux demoiselles d'un terrain de foot (privé) attenant à un camping. Le toit y était suffisamment saillant pour y mettre nos deux tentes au sec et à l'abri du vent. Ma principale obsession d'ailleurs depuis que ma tente est devenue une éponge ! Dommage, on a fait la nuit sur un sol humide en bordure de champs habité par nos amis moustiques;
- celui sous le toit d'un local d'une bibliothèque scolaire où à 6h45 du matin une dame du service administratif nous proposera café et douche plutôt qu'une petite engueulade !
- ou encore cette soirée dans ce lieu mythique du Cap Nord où nous nous étions installés sous le regard de dizaines de touristes sous le hall du principal bâtiment des lieux et qu'il a fallu évacuer en urgence sous peine de voir nos tentes se transformer en parachutes ! Au final, nous avons quitté le célèbre 'Globe', monument en fer forgé édifié en 1977 et devenu l'emblème du Cap, avec un bus (Cap nord-Helsinki)  à 1h du mat sans y voir le soleil de minuit 😣. Déposés 30 km plus au sud, nous nous sommes réfugiés sous un local à poubelles d'une blanchisserie de la ville la plus septentrionale au monde 'Hammerfest' avec de nouveau un café offert par une employée de la blanchisserie surprise par deux gus gus dormant sur des palettes !
Le manque de sommeil ne nous a pas aidé sur le chemin du retour vers Alta avec l'une de mes journées les plus venteuses de mon périple (plus de 90 km. 1200 m+) et un vent en moyenne de 50 km/h avec des rafales nous faisant faire parfois un 180 degrés sous nos regards respectifs ébahis. 
Nous nous sommes faits quelques frayeurs avec les camping-cars et motards qui se partagent l'E69, unique route de Nord cap à Olderfyord et son terrain de foot inhospitallier pour Francky. Les seuls répits étaient les tunnels dont celui de 6,9 km, 3,5 km à  9% ou l'on plonge sous la mer à 210 m de profondeur et 3,5 km en remontée avec la même punition. Que du bonheur dans ce lieu pesté des claustrophobes au milieu de ventilos abasourdissants et d'appels de phare des motorisés pour un éclairage limité de nos montures. Quelle aventure!
Je finirai seul mes derniers 120 km sur le plateau du Finnmark avec deux cols à 385 m.h pour rejoindre Alta, ville que nous avions traversé 3 jours auparavant et y avoir visité le site archéologique en plein air. Classé au patrimoine mondial de l'Unesco en 1985, le site livre quelque 3000 gravures rupestres étonnantes datant de 2 000 à 7 000 ans av. J.-C. Belle petite exploration pour une ville moderne qui ne présente aucun intérêt hormis ce site et sa cathédrale de l'aurore boréale, immense copeaux de titane qui se déroule dans le ciel. C'est de cette ville que je prendrai le chemin du retour en prenant un vol interne jusqu'à Oslo (honte à moi...mais trop compliqué, onéreux  et chronophage pour les options bus et trains). De Oslo direction avec Toot's et ses vertes demoiselles la côte Ouest suédoise puis Copenhague, Hambourg, Amsterdam et la Belgique pour ne citer que les principales étapes cyclotouristiques qui m'amèneront progressivement fin juillet chez papa et maman. Je mets ainsi fin à une belle traversée de la Norvège (environ 2950 km) nord-sud par les fyords en un petit 30 jours, 15 ferries, de beaux dénivelés avec des dizaines de tunnels, de belles rencontres de cyclistes, des norvégiens sympathiques  et de MAGNIFIQUES PAYSAGES sous une météo certes capricieuse mais attendue et globalement très satisfaisante. Un régal ! Takk Takk.
Merci pour vos commentaires.
Francky, toot's et ses vertes demoiselles.